Paysage de peinture

Le pan

 PEINTURE À L’HUILE SUR carton. 2015.

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Jardin

Peinture à l’huile sur papier . Format 15x15cm. 2014.

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Jardin
PEINTURE À L’HUILE SUR PAPIER . FORMAT 15X15CM. 2014.

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Sur la route

PEINTURE À L’HUILE SUR PAPIER .
FORMAT 11X11 CM. 2014.

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2016

 

Acrylique sur papier. technique mixte.

La grille

ACRYLIQUE SUR TOILE. GRAND  FORMAT
DE 1998 À 2013

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La problématique de la grille serait entrée dans les arts plastiques au XXème siècle.
Dans « l’originalité de l’avant-garde et autres mythes modernistes », Rosalind Krauss souligne la récurrence de la grille dans l’art du XXème siècle où celle-ci correspond à un espace mental, un mythe du pictural, un système d’organisa­tion, une figure, ce que l’on peut observer aussi bien chez Kasimir Malevtich, Piet Mondrain, Paul Klee, Agnès Martin, Ad Reinhart, Martin Barré etc…« Spatialement la grille affirme l’autonomie de l’art (à l’ encontre du réel)»…
« La grille est autonome et autotélique », Rosalind Krauss.
De son coté, quelques années après dans le texte « Après la grille », Eric de Chassey parle d’indice : « Le terme de grille désigne d’abord un motif, celui du croisement régulier de lignes, qui témoigne de l’occupation d’une surface, celle du tableau », « l’histoire d’un motif qui est celui de la naissance de la possibilité de l’abstraction en peinture »
L’histoire de la grille n’est pas seulement une affaire du XXème. Il faut remonter au XVème aux traités sur la pers­pective où la grille est une armature qui inscrit un monde représenté.
La méthode italienne pour dessiner un motif selon le principe de la perspective linéaire d’ Albrech Durer en 1538 reste inscrite dans nos mémoires, influencera le travail de nombreux artistes notamment celui de Georges Rousse : Selestat, de Peter Greenaway : Meurtre dans un jardin anglais. Nous pensons aussi aux oeuvres de Vermeer (l’atelier ou l’art de peindre, 1665, la cour de la maison à Delf, 1629) aux encres sur les tuniques avec inscription arabe du Togo, aux cartographies…
Notons tout d’abord que tout tableau est construit sur une grille, celle de la trame de son support et des axes de son châssis.
« La grille figée empêche la figuration bien que celle-ci puisse être perceptible pour quiconque cherche à la déceler». Gerhard Richter.
Gerhard Richter aborde la notion de la grille, de sa complexité, de son ambigüité par rapport à la figuration.
Dans l’ensemble des productions présentées ici, nous pouvons évoquer une « conversation » avec la grille marquée par un jeu de variations réalisées pendant plusieurs années.
La grille est présente, déductive, elle s’efface, et réapparait. Elle désigne un grillage réel, une ligne, un entrecroisement, une ossature, une case, un module, un système d’organisation, un indice…
Au fur à mesure des productions picturales, elle devient une ossature effacée, une fragmentation où le désir de figure se fait sentir.
La grille dessinée, effacée, recouverte, révèle ce «figuratif» dont parle Richter.
Yve-Alain Bois fait remarqué à propos de la grille cubiste : « c’est un index de la surface picturale, un signifiant auto­référentiel qui motive, donne raison d’être picturale » Elle est la surface de la peinture elle-même.
Dans les derniers travaux réalisés « Figurez-vous » et «Paysage de peinture», la grille est de plus en plus déductive, le pictural envahit la surface, des figures se manifestent, prennent corps. Quelques indices restent figés sur la surface.
Dans « Paysage de peinture », la grille se décèle dans la structure même de la figuration comme un souvenir.
La grille est ici le fil de l’écriture. Une écriture qui dessine, rature, efface, révèle.
Mais aussi un fil de lecture, une grille à plusieurs entrées.
Toutes mes productions font l’objet d’un travail en série, le travail sériel engendre par essence la récurrence,
L’évolution, et a le pouvoir de matérialiser le concept du temps.
Le temps est à la fois affaire de pratique et objet de théorie. Nous l’avons dans la « peau » parce que nous sommes soumis à des rythmes biologiques et, en tant qu’être sociaux, il nous faut apprendre à vivre dans les sociétés aux structures temporelles mouvantes où nous sommes nés. Nous avons une approche sensible du temps, autrement dit une sensation. Cependant le temps est un élément non visible, il est en nous. Il est devant nous, mais nous ne le captons pas. Nous avons conscience du temps, de la durée, de l’instant, du présent, du passé, de l’avenir. L’instant nous permet de prendre conscience de la notion du temps. « D’autre part l’instant pris, non pas au sens large, mais en soi et, originairement, doit être indivisible, et comme tel, on le retrouve à titre d’élément en tout temps. En effet, il est une extrémité du temps passé en deçà de laquelle il n’a rien du passé : c’est bien ce que nous avons appelé limite commune.» Aristote.
L’instant permet en quelque sorte de mesurer le temps, il est indivisible, alors que le temps lui est divisible.
La problématique du temps reste une notion complexe qui est aussi bien en lien avec la physique, la philosophie, et l’anthropologie.
Comment suggérer le temps ?
Nombreux artistes ont abordés la notion du temps sous différentes formes pour atteindre un « réel » du temps.
Divers pratiques artistiques ont été mise en oeuvre de façon explicite à mesurer celui-ci. Roman Opalka inscrit l’écoulement du temps, Julije Knifer revendique le non développement du temps, Bernard Moninot peint des trajectoires du temps, Olga Kisseleva dilate le temps, Hanne Darvoven en fait un objet obsessionnel…
Comme nous l’avons dit précédemment la grille est le fil de l’écriture et de lecture de cette pratique plastique à tra­vers les peintures isolées mais aussi lorsque l’ensemble du travail est réuni.
Les travaux regroupés marquent des instants du temps, « une suspension du temps et de l’espace, comme si tout s’arrêtait d’un seul coup dans une hésitation vertigineuse du regard ». Alain Mons.
Une métamorphose est rendu visible et donne à voir une image palpable d’un temps. La représentation du temps est ici de l’ordre du visible en tant qu’instant présent. L’écoulement du temps est volontairement montré à travers ce fil de l’écriture qui est la grille. L’évolution est basée sur un principe formel et sériel. Autrement dit il y a une reconsti­tution du temps par l’idée abstraite de succession que l’on peut appeler séquence. Le travail plastique reconstitue un mouvement, donc le temps avec des coupes. Les mutations de la forme et de la matière deviennent un moteur afin de donner, de renvoyer l’image du temps.
La présence de la grille imprime une trace : la trace du changement, du mouvement, du temps.
Chaque tableau cristallise un moment par sa forme qui tend vers un changement incessant, de même pour la matière. Celui qui regarde peut observer le temps.
Mais aussi dans chaque peinture, la grille est par sa structure même un dessin du temps.
La grille figée marque un temps et un espace, un rythme, une musicalité par la répétition de la case, du module, de la ligne, de la charnière…
La grille est ici manipulée, déjouée, elle se déforme, elle se voit métamorphosée, disparait comme pour en refuser son autorité. Une volonté d’abolir sa rigidité se met en oeuvre comme une résistance au temps.
« Les lois ne doivent être que les bases sur lesquelles il y a la possibilité de s’épanouir ». Klee Paul.
Oscillant entre abstraction et figuration mon travail plastique explore les notions de distance et de proximité du regard, du temps et de l’instant. Une perception entre le proche et le lointain se manifeste, elle est renforcée par une palette chromatique sobre. Souvent une dominante de couleur est choisie, la couleur se voit glissée sur la grille, elle la contamine, inscrivant un vide, un silence, un éloignement mental, une échappée de la structure d’organisation, un lâché prise, une rêverie de l’esprit.
En conclusion, comme nous avons pu le constater la grille est le fil de l’écriture et de lecture de ces productions plas­tiques et par analogie le fil du temps.
Nous pouvons mettre en miroir et en écho ces travaux picturaux avec les séries photographiques menées en parallèle depuis plusieurs années et notamment avec les séries « E dopo »et « Danse tracée ».

 

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